
Human Loci
Un objet d'écoute synesthésique qui joue des lieux plutôt que de la musique. Trois disques de plâtre, chacun lié à un espace public, vous permettent d'en diffuser l'enregistrement de terrain dans la pièce et de vous immerger dans l'ambiance d'un autre lieu, choisi au toucher avant le moindre son.
- Rôle
- Intégration électronique et boîtier
- Année
- 2025
- Cadre
- SUPSI · ID120
- Périmètre
- Équipe de trois
- Livré
- Prototype fonctionnel
Un son enregistré, c'est presque toujours quelque chose conçu pour être écouté : de la musique, un podcast, une voix. La texture sonore ordinaire d'un lieu public, un parc à midi, un port de plaisance, une gare, est tout aussi riche, et nous ne choisissons presque jamais de nous y attarder. C'est la strate qui reste d'ordinaire à l'arrière-plan, inaperçue.
Human Loci est une petite machine pour écouter exactement cela. Elle ne joue pas de musique ; elle joue des lieux. Chacun est reconstitué non comme une image mais comme une présence : ses rythmes, sa densité, le mouvement humain qui lui donne forme au fil du temps. L'objet tient davantage de l'archive de moments publics que du haut-parleur.
Le brief venait d'un cours de prototypage rapide centré sur la fabrication d'un objet physique, si bien que le vrai défi était de transformer ce concept en une chose que l'on tient en main. Un rituel sans écran où le choix du lieu se fait au toucher et à la couleur, et où la technologie s'efface pour laisser le lieu passer au premier plan.
- L'électronique de bout en bout : le lecteur RFID des disques, la chaîne de lecture audio, l'alimentation et la recharge, et le firmware
- L'intégration du boîtier des haut-parleurs et de l'électronique dans le corps transparent
- Les contraintes d'assemblage du système et le plan technique d'ensemble
- Copilotage de l'idéation et du concept d'ensemble avec l'équipe
- Le mécanisme du bras de lecture et la molette de volume (Nerea Asensio)
- Les disques de plâtre et le motif de la ceinture à charnière vive (Nicholas Vos)
Équipe de trois (Nerea Asensio, Jérémy Martin, Nicholas Vos) pour ID120 Digitally Designed Objects for Fast Prototyping à la SUPSI, enseigné par Marco Lurati.
Écouter des lieux, pas de la musique
Le point de départ était le Musipple, un lecteur conceptuel primé qui réinterprète le rituel du vinyle. Nous en avons emprunté le rituel et changé le sens. Au lieu de choisir une chanson, vous choisissez un environnement. Au lieu de montrer l'image d'un lieu, l'objet en reconstruit la présence à travers un enregistrement de terrain en boucle et une surface que l'on peut toucher.
Ce recadrage a tout déterminé en aval. L'interaction est réduite à trois gestes larges et lisibles : poser un disque, déplacer le bras pour démarrer, tourner une molette pour le volume. Pas de menus, pas d'étiquettes, pas d'écran. Sans disque, l'appareil reste silencieux même si le bras bouge, si bien que le disque et le geste ne prennent sens qu'ensemble. L'expérience reste au premier plan ; l'appareil s'efface.

Posez un disque, entendez un lieu
Ma contribution principale était l'électronique, construite autour d'un seul objectif : poser un disque devait déclencher automatiquement le bon paysage sonore. Un lecteur RFID identifie chaque disque par une étiquette, un Raspberry Pi Pico 2 fait tourner la machine à états, et un module audio stocke les enregistrements et pilote les haut-parleurs. Disque détecté : ça joue. Disque retiré : après un bref délai, ça s'arrête.
J'ai validé toute la chaîne sur le banc avant de m'engager dans la fabrication : lecture RFID fiable, association de l'étiquette de chaque disque à une piste, contrôle audio par liaison série, et la molette de volume reliée à l'entrée analogique. Le firmware est modulaire, un bloc qui lit les étiquettes, un qui les achemine vers les pistes, un qui encapsule les commandes audio, et une boucle principale qui tient la logique de lecture et d'arrêt. Un simple module RFID sur un Pico a transformé le concept en système fonctionnel en quelques heures, et c'est la part de l'électronique qui me fascine encore tranquillement.

Du son dans une coque transparente
L'objet est transparent à dessein ; sa construction fait partie de l'expérience. Plus moyen, dès lors, de cacher un haut-parleur ou un câble, ce qui a fait du boîtier audio le problème d'intégration le plus difficile. Nous avons conçu un module de haut-parleurs interne compact, divisé en deux chambres scellées, deux petits transducteurs par chambre, en privilégiant l'étanchéité à l'air, la rigidité, et un assemblage qui se démonte sans colle.
Nous y sommes parvenus par étapes : une maquette en acrylique à un seul haut-parleur pour vérifier les vibrations et la fixation imprimée, un prototype en bois de la disposition à deux chambres pour valider l'alignement et l'ordre d'assemblage, puis l'acrylique final découpé au laser. Les cartes se montent à l'intérieur sur des supports imprimés, vissés dans des inserts à chaud noyés dans l'acrylique, si bien que les surfaces extérieures restent nettes. L'ingénierie ne compte que lorsqu'elle ne se voit pas.


Des disques qui se lisent au toucher
Les disques sont le cœur du concept, ils ne pouvaient donc pas relever de la palette habituelle de la fabrication numérique, plastique léger ou bois découpé au laser. L'équipe a choisi le plâtre pour son poids et sa présence proche de la pierre, teinté et texturé pour que chaque lieu ait une identité que l'on reconnaît au toucher et à la couleur avant qu'aucun son ne commence. Le toucher devient une vraie dimension de l'œuvre, pas une finition.
Les fabriquer fut un petit problème d'ingénierie à part entière, que l'équipe a résolu avec un positif découpé au laser, un moule négatif thermoformé et du plâtre pigmenté coulé puis démoulé. Le même goût pour les matériaux peu familiers a façonné la ceinture de l'objet, une bande continue à charnière vive qui laisse l'acrylique rigide se plier autour de tout l'objet tout en restant acoustiquement ouverte. L'essentiel du temps du projet est passé dans des essais de ce genre, et l'objet n'en est que meilleur.

Un objet synesthésique fonctionnel. Posez un disque, déplacez le bras, et un lieu public remplit la pièce comme une atmosphère continue ; soulevez le disque et le silence revient.
Trois lieux recréés (un parc, un port de plaisance, une gare) à partir d'enregistrements de terrain captés et montés sur place pour le projet, chacun porté par un disque de plâtre que l'on choisit au toucher plutôt que dans une liste.
Un prototype physique entièrement abouti sur tous les plans, électronique, audio et fabrication, documenté en libre accès avec le code et les fichiers matériels publiés sous licences libres.
La leçon que je retiens de Human Loci, c'est qu'un concept sans intention ne vaut guère plus que cuisiner avec des ingrédients sans goût. L'idéation en profondeur que nous avons refusé de précipiter, et l'invitation de Marco à réinterpréter plutôt qu'à reproduire, voilà ce qui a donné tout son sens à l'objet. Le volet technique a récompensé la même patience : travailler le plâtre, le plexiglas et le thermoformage pour la première fois n'a porté ses fruits que parce que nous avons laissé la créativité guider d'abord et le pragmatisme suivre ensuite.






- GitHubSource code and setup guide (ouvre dans un nouvel onglet)
- PDFElectronic schematic (ouvre dans un nouvel onglet)
- WebPrototyping process (ouvre dans un nouvel onglet)

